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L'album

2011

Aznavour Toujours

  • Play Va
  • Play Viens m'emporter
  • Play Tu ne m'aimes plus
  • Play J'ai connu
  • Play Ce printemps-lĂ 
  • Play Elle (en duo avec Thomas Dutro
  • Play Flamenca Flamenco
  • Play Les jours
  • Play Que j'aime j'aime ça
  • Play Des coups de poing
  • Play La vie est faite de hasard
  • Play L'instinct du chasseur

Charles Aznavour “Aznavour Toujours”
 Aznavour toujours. Ce n’est pas un titre d’album, c’est un autoportrait. Il y a chez lui quelque chose qui tient du prodige, Ă  la fois pour les altitudes qu’il frĂ©quente et pour sa phĂ©nomĂ©nale fidĂ©litĂ© Ă  son public et Ă  son art.
 Il y a toujours eu Aznavour dans nos vies, pour la plupart d’entre nous qui Ă©coutons ses chansons. Toujours l’Aznavour des petits mots de rien et des grands sentiments, des petites gens et des grandes mĂ©lodies. Toujours l’Aznavour des grands classiques et des chansons que l’on n’a jamais entendues et soudain nous prennent au creux de l’estomac ou Ă  la pointe du coeur…
 Car Charles Aznavour n’aime guère s’arrĂŞter. Il n’a jamais pris le temps de s’inventer des distances, de s’installer dans la retraite, de rĂŞver Ă  des retours. Non, il n’a jamais quittĂ© son mĂ©tier, il n’a jamais cessĂ© d’écrire. Alors, une fois de plus, il a Ă©crit douze chansons, douze pures chansons d’Aznavour. On y retrouve tout le souffle et toute la puissance d’une plume de lĂ©gende, qui ne craint pas de mĂŞler nos secrets les plus intimes aux plus grands mouvements de l’humanitĂ©, la plus volatile sensualitĂ© aux Ă©normes questions existentielles. Il met en scène une histoire d’amour sur fond de Mai-68 dans Ce printemps-lĂ , s’attarde sous les draps dans Que j’aime j’aime ça, dĂ©mĂŞle l’écheveau froissĂ© de nos existences dans Les Jours…
 Dans ce mĂ©lange des registres, l’auteur-compositeur a des fulgurances fascinantes, comme J’ai connu, chanson allègre qu’Yvan Cassar
 a habillĂ©e de friselis heureux et de petites Ă©tincelles, alors que le texte navigue Ă  travers les horreurs humaines, des gĂ©nocides du dernier siècle aux pires injustices de masse – « Ce que l’homme fait Ă  l’homme/L’animal ne le fait pas ».
 Tout Aznavour est lĂ , qui ne perd jamais de vue la vaste machinerie de l’histoire quand il fait se promener deux amoureux main dans la main, et qui distingue toujours, derrière le fracas du monde, la pauvre vie Ă©brĂ©chĂ©e d’un anonyme. Car, encore et toujours, il est obsĂ©dĂ© par ce qui est juste – la justesse autant que la justice.
 VoilĂ  pourquoi, d’ailleurs, on rĂ©siste rarement Ă  l’honneur de jouer pour Charles Aznavour. Aussi cet album est-il un rassemblement de sommitĂ©s des studios et des scènes françaises : le pianiste Jacky Terrasson sur cinq titres, les bassistes Laurent Vernerey et Jean-Claude Ghrenassia, le batteur LoĂŻc Ponthieux, l’accordĂ©oniste Lionel Suarez, le guitariste Pedro Xavier Gonzales… Et Thomas Dutronc, au chant et Ă  la guitare pour Elle, duo frĂ©missant et radieux.
 Aux arrangements, Aznavour a fait appel Ă  Eumir Deodato (cinq cents albums dont Frank Sinatra, Aretha Franklin, Astrud Gilberto, Björk, Christophe…) ou Yvan Cassar (Mylène Farmer, Johnny Hallyday, Claude Nougaro, Nusrat Fateh Ali Khan…) et l’album se promène entre BrĂ©sil et Paris, avec de temps Ă  autre un petit dĂ©tour par Broadway… voire par l’Espagne de Flamenca, flamenco, dans laquelle il Ă©voque cet « Enfant typĂ© d’Andalousie/MĂŞlĂ© d’Islam et de ChrĂ©tien/Entre prière et poĂ©sie/Dont les accents tissent les liens ».
 Aznavour toujours est ainsi voyageur parce que toujours Aznavour a voyagĂ© – dans l’espace comme Ă  travers la mĂ©moire, le sensible, les Ă©lans de l’âme. Il sait toutes les faiblesses et toutes les faillites de l’humain, mais il ne cesse de cĂ©lĂ©brer l’espoir, l’amour, le plaisir, le partage. Il voit la vie comme un combat, avec Des coups de poing, superbe rĂŞverie sur l’existence dans laquelle il a le courage et la classe d’ajouter, Ă  l’évocation des blessures reçues, l’aveu des blessures infligĂ©es. Mais il voit aussi la vie comme « le trĂ©sor dont le destin/Nous fait l’offrande » dans La vie est faite de hasards.
Ce sont des chansons, bien sûr. Mais c’est bien plus. Des leçons de vie, par exemple, comme Va dont toutes les femmes aimeraient rencontrer l’élégance lorsque meurt la passion. Ou des célébrations éperdues du bonheur que l’on peut se donner l’un à l’autre, comme Viens m’emporter… On comprend vite le plaisir qu’a eu Karl Lagerfeld à photographier Charles Aznavour pour la pochette : il a rencontré un artiste, certes, mais aussi un mythe. Un des derniers mythes qui nous restent, un mythe qui a contribué à nous façonner, à nous libérer, à nous grandir. Aznavour, toujours.